GELIS Jacques - "Les enfants des limbes : Mort-nés et parents dans l'Europe chrétienne" - Ed. Louis Audibert, avril 2006. 396 p.
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L'émotion qui a suivi la
récente découverte de plusieurs centaines de fœtus et d'enfants mort-nés dans un hôpital parisien a rappelé
que leur destin reste une question douloureuse. Autrefois, la naissance d'un enfant mort affectait d'autant plus les parents que l'Eglise
interdisait de l'enterrer dans le cimetière paroissial s'il n'avait pas été baptisé, et que son âme
était condamnée à rester dans le " Limbe des enfants " pour l'éternité. Cette croyance
est à l'origine d'un rite qui apaisait la culpabilité des parents et les aidait à faire leur deuil : on apportait
le petit cadavre devant la statue d'un saint ou d'une Vierge miraculeuse en l'implorant de donner un " répit " à
l'enfant, et soudain, tandis que l'assistance récitait des prières, des changements apparaissaient sur le petit corps
que l'on interprétait comme des " signes de vie " ; le prêtre pouvait alors baptiser l'enfant, lui ouvrant ainsi
les portes du paradis. Curés, médecins et sages-femmes ont laissé de nombreux témoignages sur ces rites
qui nous rappellent que la frontière entre la vie et la mort a longtemps été incertaine. L'Eglise fut elle-même
longtemps divisée face à des pratiques dans lesquelles les protestants ne voyaient que superstitions, mais elle attendit
le Siècle des lumières pour les interdire. Manifestation majeure de la foi populaire, l'exposition des mort-nés
devant des images miraculeuses a commencé en France et en Belgique dès le Moyen Age et s'est perpétuée
dans certains lieux reculés jusqu'au début du XXe siècle. Derrière leur apparente brutalité, les
documents réunis dans cette enquête historique montrent comment des générations de parents ont fait face
à leur douleur en accomplissant ce rituel ancestral. Voir l'article
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