Ce n’est pas juste un petit bébé qui a été perdu. C’est une vie au complet qui ne sera pas vécue.
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Voici un premier extrait du livre Les rêves
envolés paru aux Éditions de Mortagne. Ce livre a été rédigé
par Suzy Fréchette-Piperni, B.Sc., infirmière spécialisée en deuil périnatal. Responsable du
groupe de soutien Les rêves envolés au Centre Hospitalier Pierre-Boucher. Depuis
1988, madame Piperni a développé différents services pour les parents vivant un deuil périnatal. Les
rêves envolés, fruit de toutes ses années d’implication auprès des parents, est un
livre essentiel puisqu’il rend compte de tous les aspects de ce deuil si particulier qu’est le deuil périnatal. |
Texte de Suzy Fréchette-Piperni, B.Sc., Infirmière
spécialisée en deuil périnatal Publié dans le magazine BÉBÉ
Vol. 8 no. 2 (Avril 2006)
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Pourquoi est-ce si difficile de perdre un bébé ? |
Contrairement aux idées véhiculées dans la société, le deuil d’un bébé est
souvent plus douloureux et plus difficile à faire que celui d’un adulte aimé. La perte d’un bébé attendu
et aimé cause un chagrin qui ne se mesure pas à sa grosseur ni au nombre de semaines de grossesse. Quand vous perdez
un bébé, même s’il est tout petit, vous n’avez pas l’impression de perdre un embryon ou un fœtus, mais un enfant
réel. Voici quelques facteurs qui font que le deuil périnatal peut être difficile à vivre pour
vous : • C’est une tragédie qui survient alors que vous attendiez un événement heureux, qui apporterait
pour toujours du bonheur dans votre vie. Lorsqu’on est surpris par une souffrance, on est plus vulnérable, plus sensible
et l’adaptation est plus difficile. - Je tourne en rond dans la maison sans arrêter de penser au bébé.
• Quand vous perdez une personne avec qui vous avez vécu de longues années, vous ressentez du plaisir à
vous remémorer de bons moments passés ensemble. Des images vous viennent quand vous pensez à elle. Dans le
cas d’un bébé, malgré tout l’amour que vous ressentez pour lui, les beaux souvenirs sont rares et parfois
même inexistants quand le bébé est perdu en début de grossesse ou que vous ne l’avez pas vu. Et ces
souvenirs peuvent vous manquer terriblement. • Quand vous perdez un bébé, vous faites le deuil de l’avenir,
de tout ce que vous vouliez faire avec cet enfant, des rêves que vous faisiez en l’imaginant à différentes
époques de sa vie. Il est plus difficile de faire le deuil de ses rêves, car c’est moins tangible. Parfois aussi,
ce deuil ne se termine jamais tout à fait. - J’ai perdu mon garçon et je n’ai eu que des filles par la suite.
Un garçon me manquera toujours. - Je viens d’une famille de huit enfants et je voyais ma vie entourée d’enfants.
J’en ai perdu quatre et en ai réchappé un seul. Même si je suis reconnaissante d’en avoir au moins un, je trouve
la maison souvent bien tranquille et les événements spéciaux ne sont pas aussi joyeux que ce que j’avais imaginé.
• Durant la grossesse, le bébé fait partie intégrante de la mère. Vous pouvez être
très marquée par l’arrachement de cet être qui faisait partie de vous. Le sentiment de vide intérieur
ou de vide dans la vie de tous les jours est rapporté par la majorité des mamans comme une des choses les plus difficiles
à vivre. - Je me frotte encore le ventre mais il est vide; mes bras sont vides et ma vie est vide. C’est très
difficile. - Avant ma fausse couche, je n’étais jamais seule; mon bébé était là, je lui
parlais tout le temps. Maintenant, je me sens seule et vide, comme une maison abandonnée. • Donner naissance à
un bébé en santé réaffirme la féminité de la mère et la virilité du père.
La mort du bébé peut être vécue comme une blessure à votre amour-propre. Certains parents se
sentent honteux, diminués à leurs propres yeux et aux yeux des autres. Certains vivent un fort sentiment d’échec.
- Le pire, c’est le regard des autres. Alors que n’importe qui est capable de faire des enfants, nous manquons encore notre
coup. • À la peine d’avoir perdu ce bébé-là s’ajoute, pour ceux qui attendaient un premier
bébé, la peine de ne pas pouvoir jouer leur rôle de parents alors qu’ils étaient prêts et que
tous leurs amis ont des enfants. • La perte du bébé entraîne aussi souvent des difficultés
à l’intérieur du couple, car les deux vivent leur deuil différemment. • L’absence de reconnaissance
de l’importance de la perte de votre bébé par votre entourage s’ajoute à votre peine et vous prive du soutien
nécessaire pour traverser plus facilement l’épreuve. |
Pourquoi semble-t-il plus difficile aujourd'hui de perdre un bébé ? |
Les parents ont toujours eu de la peine de perdre un bébé et il est difficile de comparer la peine des parents
ayant perdu leur bébé il y a longtemps à celle de parents venant de le perdre. Pourtant, de nos jours, la
perte périnatale semble engendrer un deuil encore plus intense que par le passé. On peut expliquer ce phénomène
par le fait que les parents sont peut-être plus à l’aise de laisser paraître leur peine ou que les intervenants
sont plus sensibilisés à leur souffrance. Cependant, il demeure que certains facteurs peuvent ajouter de l’intensité
à la détresse des parents d’aujourd’hui : • Notre société met beaucoup l’accent sur la vie
et occulte la mort. La mort n’est plus vue comme faisant partie de la vie et entraîne souvent un grand sentiment de révolte.
• Les nombreux reportages sur les progrès, entre autres, de la reproduction assistée, de la néonatalogie
et même de la chirurgie fœtale à l’intérieur de l’utérus contribuent à alimenter la croyance
selon laquelle la science a le contrôle de la situation et que la médecine peut prévenir les pertes et sauver
tous les bébés malades ou prématurés. Malheureusement, la réalité est tout autre et les
statistiques démontrent, depuis plusieurs années, l'incapacité du monde médical à faire descendre
de façon notable le pourcentage de pertes périnatales. • Les parents s'attachent aussi de plus en plus
rapidement à leur bébé à cause des progrès de la science. Le perfectionnement des appareils
permet de voir le cœur du bébé à l'échographie dès 6-7 semaines et de l’entendre au bureau du
médecin vers 10-12 semaines. Le bébé est vu à l'échographie et son sexe est souvent confirmé
avant même que la maman le sente bouger. Cela donne au bébé une identité qu'il n'avait qu'à la
naissance, il y a plus de vingt ans. Plus vous êtes attachés au bébé, plus vous aurez de la peine de
l’avoir perdu. • Les grossesses sont davantage planifiées et beaucoup de femmes deviennent enceintes à
un âge plus avancé, ce qui augmente le désir d’enfant au moment de la conception. Les familles sont plus petites
et chaque grossesse est vécue avec plus d’intensité. • Quand on perd un bébé entre 35 et
45 ans, l'impact est augmenté à cause du peu d'années qui restent pour se reprendre. L’horloge biologique
devient une hantise. Ce qui compose votre peine est unique à vous, même si certains éléments
sont semblables à ceux des autres parents, car votre peine est teintée par votre personnalité et votre histoire.
Le deuil que vous vivez aussi est semblable sur certains points à celui des autres parents et très différent
sur d’autres aspects. La perte d’un bébé entraîne un deuil « brassant » mais il entraîne
avec sa résolution une meilleure connaissance de soi, une plus grande maturité et une capacité augmentée
d’apprécier la vie et d’être heureux. |
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