Petit Papillon s’envole
... Mon mari et moi avons perdu notre petite fille le 20 juin 2005, morte in utero à huit mois passés de grossesse.
Au sixième mois de grossesse, j'ai commencé à avoir des démangeaisons sur tout le corps. J'en ai parlé à ma gynécologue qui m'a dit que c'était fréquent, mais elle m'a tout de même prescrit une prise de sang pour vérifier le fonctionnement de mon foie. Mes transaminases SGOT étaient de 383 (normales de 14 à 36), mes transaminases SGPT de 631 (normales de 9 à 52), et mes phosphatases alcalines de 117 (normales de 38 à 126). Mon mari et moi n'avons aucune connaissance médicale, c'est pourquoi ces résultats nous avaient affolés. Or la gynécologue, elle, ne s'est pas inquiétée. J'ai tout de même du refaire une prise de sang pour déceler une éventuelle hépatite.
Bref, après analyse de tous ces résultats, on m'a diagnostiqué une cholestase hépatique gravidique.
La gynécologue nous a rassurés, affirmant qu'il n'y avait aucun danger ni pour le bébé, ni pour la maman, et que ça partirait après l'accouchement. Pour mes démangeaisons, elle m'a conseillé de mettre du talc.
Soit, il fallait serrer les dents, mais ça en valait la peine pour notre petite.
Pendant près de trois mois je me suis grattée, c'était insupportable, c'était jusqu'au sang, me provoquant des hématomes.
Au septième mois, je ne dors quasiment plus de la nuit. Mon mari et moi pourtant si proches et si soudés, faisons chambre à part.
Ne dormant plus, je suis en arrêt de travail, incapable de faire quoi que ce soit de mes journées, je n'ai même plus la force de préparer un repas... Mais ça ne dérange pas ma gynécologue, qui me dit que toutes les femmes enceintes ne dorment pas, sauf que moi, je ne ferme pas l'oeil de la nuit... Elle était alors rassurée par mes analyses sanguines, mes SGOT ayant baissé à 75, et mes SGPT à 125. Nombreuses sont les nuits où j'ai craqué, pleurant dans les bras de mon mari, mais le terme approchait avec le bonheur d'avoir Amélia...
Le 19 juin était une journée chaude et étouffante. Nous étions tranquillement à la maison, je ne sortais quasiment plus, la chaleur accentuant mes démangeaisons.
A 18h, je dis à mon mari que je ne sens pas Amélia bouger. Comme 100 fois pendant la grossesse, il me rassure, elle dort, un bébé ne bouge pas 24h sur 24...
Vers 19h, je commence à avoir des contractions.
Je me couche vers 23h, mais mes contractions s'intensifient et deviennent de plus en plus douloureuses. Je réveille mon mari et nous partons pour l'hôpital, sourire aux lèvres...
Nous sommes accueillis par celle qui allait être notre premier ange gardien. Assez jeune, elle se dit inexpérimentée lorsqu'elle ne trouve pas le coeur de notre petite. Elle fait alors appel à un médecin qui fait une échographie et là, le drame nous est annoncé. Le bébé est mort. Mon mari s'effondre, moi je réagis à peine, je ne crois pas ce médecin, je vais bientôt sentir Amélia, c'est sûr... Et puis tout s'enchaîne très vite. Péridurale et accélération de l'accouchement, accompagnée par ma courageuse sage-femme... Deux autres sages femmes prendront le relais, pour "mettre au monde Amélia" à 12h20. Des femmes exceptionnelles qui ont su nous guider avec douceur et amour vers les bonnes décisions à prendre. Amélia faisait 52 cm et 3kg250, un beau bébé, à huit mois...
Nous avons demandé une autopsie, mais, déjà, les médecins de l'hôpital penchent vers une hypothèse très probable. La cholestase peut en effet, en fin de grossesse, provoquer l'augmentation des taux des sels biliaires, de façon aiguë, obturant alors l'irrigation du placenta et causant le décès du bébé par asphyxie. Or les médecins ne savent pas à quels taux cela se produit et ne peuvent le prévoir. La seule échappatoire est le déclenchement de l'accouchement. Mes taux démontraient une amélioration, rassurant ma gynécologue et le gynécologue de l’hôpital ne m’aurait pas déclenchée au nombre de semaines auquel j’étais.
Une saleté de maladie, malheureusement encore méconnue…..,
Si ces éléments peuvent aider ou prévenir quiconque, alors la mort de ma petite fille ne sera pas vaine…
Aujourd’hui, trois mois après le drame, je vis des hauts et des bas. Ma chair et mon sang sont partis, mon petit papillon s’est envolé et une partie de moi est morte. Amélia est enterrée au « carré des enfants ». C’est un cimetière pour les enfants morts- nés (il n’y en a que trois en France), et je remercie la municipalité de Schiltigheim pour ce lieu où nous allons régulièrement nous recueillir. Amélia sera à jamais notre premier enfant, elle aura éternellement sa place dans notre famille et dans nos cœurs…
Audrey et Florent, octobre 2005
email : f.taglang@cegetel.net
† Voir l'
hommage écrit un an
après le décès d'Amélia †
Voir le faire-part de naissance de sa petite soeur
"Eve"
![]()
Retour liste des poèmes/lettres/récits/dessins